08 juillet 2007

Un peu d'Histoire

Un peu d’Histoire

Décidemment, les temps sont durs. Après la liberté d’expression c’est Son Altesse Sérénissime Alain Rémond que l’on veut assassiner, comme il le raconte cette semaine dans « Marianne ». Qui conduisait le scooter qui, grillant un feu rouge manqua de peu les pieds du génial chroniqueur alors que celui-ci allait de son pas leste et gracile traverser le boulevard de Magenta, sur le passage pour piétons ? Qui se cachait sous le casque de l’étrange policier à la poursuite du scooter et qui lui aussi, faillit foncer dans le fleuron du journalisme français ? Un marchand de cintres ? Un professeur de textique ? Un militant UMP ? Nos services en tous cas, mènent l’enquête.

Cette triste double tentative de meurtre nous amène tout naturellement et par un mouvement de la pensée brillant à un sujet qui lui est fortement lié. En effet comme vous le savez peut-être, en ce mois de juillet 2007, nous commémorons le 93eme anniversaire de l’assassinat de Jean Jaurès, le père du socialisme français, ce qui vous vous en rendez maintenant compte, n’a que très peu de rapport avec le paragraphe précédent, trompés que vous avez été par la périlleuse transition entre les deux. Or, disais-je, pour commémorer, il vaut mieux savoir de quoi on parle. Ainsi mes amis, aujourd’hui, en ce bel été, un peu d’Histoire ne nous fera pas de mal. Sortez vos cahiers et vos stylos, notez, en bleu, s’il vous plaît, Berthin, retournez à votre place immédiatement, je ne veux rien savoir, sinon c’est l’heure de colle.

Il est 8h15 quand Jean Jaurès, flâne dans l’aéroport d’Orly. En forme après ses vacances à l’Ile Maurice, le porte-parole du monde ouvrier appelle un taxi pour regagner Paris par l’A6, s’installe sur la banquette et commence à feuilleter « Points de Vue-Images du Monde ». Il descend Rue Montmartre, puis l’appétit venant, s’installe au Café du Croissant. Tout en savourant quelques viennoiseries il engage la conversation avec Monsieur Rastowkilof, dit « Lulu », le patron des lieux, parle avec lui de choses et d’autres, de l’été pourri, du prix du tabac, de la famille, de politique, des résultats décevants du PSG. Jean Jaurès, pour « se délasser », demande alors à Lulu s’il peut prendre un bain, le Café du Croissant faisant également un hôtel convenable. Peu de temps après, il s’installe dans la baignoire et continue sa lecture passionnante, quand soudain, il voit avec stupéfaction surgir dans la pièce son fils, Louis-Léopold. « Que fais-tu là ? » lui demande Jean. Mais celui-ci n’a pas le temps de répondre car à l’instant, Charlotte Corday vient de sortir de sa cachette où elle se terrait et se précipite à présent sur Jaurès père et le poignarde en plein cœur. « Tu quoque mi fili ? » s’exclame l’ancien député du Tarn, ce à quoi son fils lui répond, pris de remord : « Père gardez vous à gauche, père gardez vous à droite ! ». Mais trop tard, Ravaillac s’extirpe de l’ombre et plante son couteau à l’endroit susmentionné, puis en s’adressant à Corday : « Madame, vous voyez que vous n’avez pas le monopole du cœur ! ». « Pâturages et labourages sont les deux mamelles de la France » lui répond Charlotte. Alors, dans l’obscurité de cette très vieille salle de bains au murs de roche quasi-moisis, Jean Jaurès, mourrant, rassemble ses ultimes forces et dans un dernier souffle susurre : « Du haut de ces pierres humides, quarante siècles vous contemplent. Ah liberté ! Que de crimes commis en ton nom…euh…. Ich beine ein… »Trop tard, le fondateur de l’Humanité s’est éteint, son corps vacille et glisse sur le côté, tachant irrémédiablement la tête du Prince Honoré de Westphalie, souriant sur la couverture du magazine ouvert d’une sombre goutte de sang. Lee Harvey Oswald, jusque là en retrait, s’approche alors de la dépouille du grand homme, le contemple quelques instants puis, remarquant un léger détail, déclame gravement un « Il me semble qu’il est plus grand mort que vivant. ».

Et oui, mes chers amis, c’est ainsi que mourut Jean Jaurès le 31 Juillet 1914, dans des circonstances encore trop mal connues. La suite de cet évènement est quelque peu plus joyeuse, puisque les coupables ont tous été retrouvés, suite à l’enquête menée de main de maître par le commissaire Vidocq et qu’ils ont été justement incarcérés au château d’If, à Sainte-Hélène.

Prions pour que l’Histoire ne soit pas qu’un éternel recommencement et que de tels assassinats ne se perpétuent plus de nos jours…

1 commentaire:

Sazanka a dit…

Merci, enfin toute la vérité sur l'affaire Jaurès (ou presque, Wallace m'ayant récemment avoué qu'il n'a jamais su ce que faisait Gromit le soir du 31 juillet 1914).